Neuville-en-Ferrain : miraculé du Covid-19, Alain Rime, premier adjoint et médecin, témoigne

Neuville-en-Ferrain : miraculé du Covid-19, Alain Rime, premier adjoint et médecin, témoigne

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Alain Rime, premier adjoint au maire de Neuville-en-Ferrain le week-end, est également médecin réanimateur dans le sud de la France le reste de la semaine. Début mars, il a développé une forme grave du coronavirus. Après plus de quarante jours de réanimation et d’hallucinations, il est aujourd’hui ce qu’il appelle un miraculé.

Vous êtes sorti de réanimation, il y a moins d’une semaine. Pourquoi témoigner ?

Alain Rime : « Pour lancer un message. Ce que j’ai vécu a été terrible. Médecin réanimateur, me voilà aujourd’hui malade et en réanimation. Je demande aux gens d’être responsables. C’est majeur de respecter les mesures barrières pour atténuer la circulation du virus et éviter des morts supplémentaires. Au début de cette épidémie, on riait beaucoup de cette petite grippe. On en est à 28 000 morts en deux mois, trois fois plus que ne fait la grippe en une année. C’est un virus tueur et sournois qui fait des dégâts considérables. Cette expérience m’oblige à appeler les gens à ne pas oublier les mesures barrières face à une maladie qui, moi, me dépasse. »

« Je ne suis pas allé aux urgences parce qu’au début, on nous martelait de ne pas y aller »

« De la fièvre, sans autre signe clinique. Huit jours terribles à 39,5ºC qui m’ont empêché de dormir, de manger et qui m’ont épuisé. Je n’ai jamais été malade, je n’ai aucun antécédent, j’ai une hygiène de vie irréprochable. Pourquoi moi ? La fièvre ne baissait pas. Je ne suis pas allé aux urgences parce qu’au début, on nous martelait de ne pas y aller. Ma femme m’a conduit au centre Covid, à Dron. Il me manquait un peu d’oxygène. Au scanner, on a vu des lésions pulmonaires typiques. J’ai été conduit en réa à Roubaix, dans le service de Patrick Herbecq. La situation s’est dégradée à une vitesse folle. Les lésions pulmonaires étaient tellement graves que l’oxygène pur n’arrivait plus à oxygéner mon sang. Étant du métier, je voyais bien comment ça galopait. J’ai pu appeler mon épouse (il fait une pause, ndlr). Pour lui dire que j’avais eu la plus belle vie qui soit, que j’allais mourir et lui demander de bien s’occuper de nos enfants et de nos petits-enfants. »

Tout va très vite ensuite…

« On m’a intubé, endormi, mis sur le ventre. J’ai fait deux embolies pulmonaires, une encéphalite. On m’a trachéotomisé, j’ai pris 20 kilos d’œdèmes. Des artères pulmonaires se sont bouchées. J’ai fait une septicémie. Je suis un miraculé. J’ai aussi vécu des hallucinations épouvantables où on m’annonce la mort de ma femme, où on kidnappe mes enfants, où on me tient en joue avec un fusil et où ma vie ne tient plus qu’à la seule volonté de l’homme armé de tirer ou de ne pas tirer.

« Je n’ai pas eu de douleurs physiques mais des émotions tellement violentes que je ne les souhaite à personne. »

J’ai fait le tour du monde, vécu des situations humiliantes, dégradantes. J’ai été en prison. J’ai pleuré des heures et des heures. Je n’ai pas eu de douleurs physiques mais des émotions tellement violentes que je ne les souhaite à personne. »

Votre réveil, vendredi dernier, vous l’avez vécu comme une libération ?

« J’ai reconnu ma femme, mes amis, mon fils. Je m’en sors sans séquelles neurologiques. Sans doute que des forces invisibles, des forces de l’esprit comme disait Mitterrand, m’ont empêché de partir dans l’au-delà. J’ai eu tellement de témoignages qu’ils m’ont certainement aidé à ne pas partir. Depuis, je lis les études pour comprendre. Tous ces morts, on n’en parle pas. Ce sont des chiffres mais on ne sait pas qui ils sont, leur âge, leur profession. Ils sont mis dans un cercueil, les familles ne les voient plus. C’est affreux. »

« Dans les hôpitaux, les équipes de réa ont besoin de moyens »

« Le service de Patrick Herbecq, à Roubaix, est formidable. Je le sais, en réa, on travaille au quotidien avec des personnels compétents sur le plan humain et technique. Ils vous surveillent, savent vous dialyser, utiliser des médicaments extrêmement dangereux voire mortels. Ils se battent jour et nuit et ils sauvent des vies. Il faut reconnaître le fait qu’ils ont une compétence que n’a pas une infirmière qui s’occupe de malades en dermatologie ou en gastro-entérologie. Depuis des années, je réclame pour eux une reconnaissance, un diplôme et une rémunération supplémentaire du fait de ces compétences.

« On ne peut que souhaiter qu’on fasse quelque chose pour ces gens qui vous sauvent la vie »

Dans cette crise que vit l’hôpital, on ne peut que souhaiter qu’on fasse quelque chose pour ces gens qui vous sauvent la vie. Ils ont aussi besoin de moyens. On ne peut pas les laisser comme ça, toujours sur la corde raide. Je dirai la même chose pour le centre de réveil et de soins de suite Guy-Talpaert, à Roubaix, où je me retape et où ils font un travail tout à fait merveilleux pour panser vos plaies qu’elles soient physiques ou psychologiques. Si l’essentiel est d’être vivant, il faut être vivant mais en bonne forme ».

« J’ai eu le sentiment qu’on abandonnait les malades chez eux »

Ce soir du 15 mars, portable à la main, Alain Rime entre dans la salle du conseil municipal. À quelques minutes de la proclamation des résultats du premier tour des élections municipales, le premier adjoint de Marie Tonnerre (divers droite) tend son téléphone. Un de ses collègues de Mulhouse décrit une situation cauchemardesque. Deux jours plus tard, la France est confinée.

« Je connaissais la situation dans l’Est, avoue l’intéressé. J’ai sans doute été un peu naïf. Comme je suis connu sur Neuville-en-Ferrain, certains habitants me demandent quelques fois des avis médicaux. Je ne pose pas de diagnostic et je ne fais pas d’ordonnance mais je les conseille. C’est ce que j’ai fait début mars sans savoir que l’une de ces personnes était certainement asymptomatique. »

« Je me souviens de cet impossible espoir d’être dépisté »

Le samedi suivant l’élection, c’est le début des symptômes. « Je me souviens de cet impossible espoir d’être dépisté. Malgré des appels à des confrères, on me disait qu’on ne dépistait pas les soignants malades parce qu’il n’y avait pas assez de tests dans le Nord alors que dans le Midi, où j’exerce, ça se pratiquait sans problème. Et comme je n’avais que de la fièvre, on m’a dit de rester chez moi et de ne surtout pas aller aux urgences. Moi, médecin qui a soigné toute ma vie, j’ai eu pendant cette période le sentiment qu’on abandonnait les malades chez eux. Ça donne une angoisse terrible d’abandon. J’étais chez moi, attendant qu’un truc grave se passe. Quand mon ami m’a dit qu’un centre Covid ouvrait au CH Dron, j’ai vécu ça comme une libération. Enfin quelqu’un allait s’occuper de moi. Et lui, je pense qu’il m’a sauvé la vie ».

Interview publiée avec l’autorisation de La Voix du Nord, en cette période exceptionnelle de crise sanitaire

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